Le cabinet d’expertise comptable face à l’économie numérique

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Téléprocédures, fichier des écritures comptables, déclaration sociale nominative, dématérisalisation, … entre contrainte et opportunité, les experts comptables doivent entrer dans l’ère du numérique.

Interview de Thierry Leprince,
Expert-comptable, Commissaire aux comptes, Dirigeant du cabinet Leprince & Associés à Rennes et consultant en économie numérique.

Qu’est-ce que l’économie numérique pour la profession comptable ?

L’économie numérique a débuté en 1987 avec une option d’envoi de déclaration, la procédure de TDFC (transfert des données fiscales et comptables), devenue l’application EDI-TDFC.
Aujourd’hui, malgré ce que beaucoup de professionnels pensent, l’économie numérique n’est pas constituée que des télédéclarations. En effet, les téléprocédures (télédéclarations et télépaiements) ne représentent en réalité que 10 % de l’iceberg !
L’économie numérique touche les travaux de l’expert comptable, ses relations avec la clientèle, les services qu’il propose mais aussi la gestion interne des cabinets, le cabinet étant une entreprise comme une autre avec des outils de production, de communication, de comptabilité et de facturation. Demain on paiera son expert comptable par carte bancaire.

Quelles sont les opportunités offertes aux cabinets par la révolution numérique ?

Un exemple concret : la DSN. La déclaration sociale nominative qui devient obligatoire pour toutes les entreprises à compter du 1er janvier 2016 est une réelle opportunité de marché. Le professionnel du chiffre peut en effet en profiter pour proposer à une clientèle ciblée en fonction de son effectif et qui ne lui confie pas déjà les travaux de paie de ses salariés, une sous-traitance de la paie voire de gestion de personnel présentant un double intérêt pour l’entreprise : une saisie en ligne de la paie et un déport de responsabilité sur l’expert comptable. Avec l’accord des salariés des entreprises clientes, les bulletins de salaire par le cabinet sont adressés sous forme numérique dans leur coffre fort constituant par la même occasion un point d’entrée sur le marché des particuliers !

Qui sont les leviers de l’économie numérique et pourquoi les cabinets doivent s’y tourner ?

Les deux acteurs majeurs de cette évolution sont d’une part l’administration qui a fait des progrès considérables et dispose aujourd’hui d’un site Internet multiservices très complet et d’autre part, les particuliers, habitués à disposer des nouvelles technologies, de services numériques et de tous les outils que le marché peut proposer.

Un cabinet qui refuse de prendre ce virage risque, non seulement de perdre de la clientèle, mais également d’éprouver des difficultés à embaucher ou à fidéliser ses collaborateurs et enfin de voir sa valeur patrimoniale considérablement diminuer.

Quel élément est primordial pour mettre en oeuvre cette démarche au sein d’un cabinet ?

L’élément moteur n’est pas la technique mais l’humain. La conduite du changement est essentielle, c’est d’abord une question de culture et d’organisation, ensuite une affaire de technique et de technologies. Avant de mettre en place des nouvelles technologies, les freins subjectifs doivent être identifiés et levés.

Quelles applications numériques peuvent par exemple être proposées par un cabinet ?

Les experts comptables peuvent, entre autres, proposer des services en ligne : choix de la structure juridique d’une entreprise ou choix d’une solution de financement pour l’acquisition de matériel par exemple. Ils peuvent également proposer des solutions de comptabilité en ligne ou simplement la facturation par mail.

Et le zéro papier, on en est où ?

Nos outils nous permettent de diminuer la consommation, mais, il faut que l’ensemble de nos interlocuteurs aient, dès lors, la même attitude. L’Administration, reconnaissons le, s’est mise au goût du jour. Ce sont télédéclarations, télépaiements qui sont quotidiennement produits ou émis. Nos systèmes internes nous permettent désormais de réduire le nombre d’éditions, mais pas sur tout. Quand une TPE nous confie « ses documents », nous nous empressons de les photocopier pour en garder trace. Parallèlement, le client s’en trouve démuni pendant un certain temps et nous appelle pour les récupérer au plus vite.

Notre mission de base (production des comptes annuels) nécessite une triple démarche :
Collecter l’information, la traiter et la restituer.

Les étapes 2 et 3 peuvent désormais se « passer » de papier.
Le traitement fait appel à la puissance de nos ordinateurs associée à l’« intelligence » des programmes. La restitution utilise, souvent, le fameux format .pdf et le transport des comptes rendus et commentaires navigue sur internet de boite mails en boite mails.

Qu’en est-il de la Collecte ? C’est là que le bât blesse !
Et, il blesse, avant tout, sinon uniquement, sur le traitement comptable des factures fournisseurs. Documents non normalisés, de forme et de couleur différentes, présentés selon les us des émetteurs, nos TPE n’ont pas encore pris l’habitude d’en demander une version numérique. Dès lors, les manipulations commencent.

Depuis peu une technologie existe, simple, sécurisée, assurant fiabilité et rapidité. Quelle est-elle ?

L’entreprise scanne ses factures, les regroupe dans un fichier et envoie ce fichier sur un site internet dédié. L’expert-comptable se connecte sur le site et grâce à l’OCR performant et à un paramétrage étudié comptabilise les factures automatiquement. L’OCR est un logiciel de reconnaissance de caractères. Il permet une identification des zones de la facture indispensables à sa comptabilisation. Ce sont 85 % des factures qui sont traitées, les 15 % restants devant faire l’objet d’une action manuelle. Les factures sont conservées sur le site 10 ans. La TPE peut de ce fait aller les consulter, les éditer, les trier par fournisseurs, par date etc…

Voilà une valeur ajoutée que nous pouvons apporter à nos services.

Comme quoi, avec un minimum de procédures, d’organisation et de technologie, l’ère du « sans papier » pointe son nez. Ce n’est qu’un exemple, il pourrait être dupliqué. Mais, c’est aussi un changement de comportement, de mentalité, un changement culturel, en un mot : un changement d’habitudes.

Article paru dans INNEO Collaborateur Comptable
Editions Francis Lefebvre